Je m'appelle Yaz. Je suis dessinateur, peintre et graphiste. Pour moi, l’art n’est pas une simple passion, c’est une nécessité, un souffle, une façon d’exister et de comprendre le monde. Mon aventure artistique a commencé très tôt, bercée par les dessins de mes oncles et nourrie par une curiosité insatiable pour le trait et les formes.
Une enfance bercée par le dessin
Je suis né et j’ai grandi aux Comores, dans une famille où le dessin n’était pas un métier, mais une curiosité. Mon père, autrefois camionneur et aujourd’hui chauffeur de bus, et ma mère, dédiée au foyer, m’ont offert un cadre de vie simple mais solide. Dès mon plus jeune âge, le dessin s’est imposé à moi comme une évidence. Je me souviens encore de la première fois où j’ai terminé un portrait : un Mickey Mouse tracé au stylo rouge sur du papier calligraphié. J’avais sept ans et, à mes yeux, c’était une œuvre magistrale.
Plus tard, au collège, mes professeurs ont repéré mon talent et m’ont encouragé. En cours de SVT, on me demandait souvent de dessiner des squelettes au tableau noir. Ces moments m’ont donné confiance et m’ont fait réaliser que l’art pouvait être plus qu’un passe-temps.
L’appel de la liberté
Si le dessin me donnait un but, la liberté, elle, était mon véritable moteur. À quatorze ans à peine, j’ai quitté la maison familiale. Je voulais prouver que je pouvais m’en sortir seul. Ma mère a mis du temps à comprendre, mais elle a fini par accepter mon choix. J’ai d’abord vécu chez ma tante maternelle avant de poser mes valises à Hankounou, Moroni, près de la Corniche. Là, j’ai trouvé une véritable famille artistique : vidéastes, photographes, comédiens et autres dessinateurs réunis au sein du "Laboratoire d’arts".
Nous partagions tout, de la nourriture aux idées, et nous tentions tant bien que mal de contribuer aux charges de la maison. Mais c’est surtout Khair, un photographe, qui nous soutenait financièrement. Cette période a été l’une des plus riches de ma vie. J’y ai appris que l’art ne se résume pas à une expression individuelle, mais qu’il est avant tout un échange et un partage.
Vivre de l’art, un défi quotidien
Lorsque le "Laboratoire d’arts" a fermé ses portes, mes amis sont partis, attirés par d’autres horizons : la France, le Sénégal… Moi, je suis resté. Grâce à mon expérience, j’ai réussi à faire de l’art mon métier. Dessiner des portraits au stylo Bic bleu est devenu ma spécialité, mais je me suis aussi diversifié en réalisant des fresques murales. Mon revenu dépend des commandes, et la stabilité n’est pas toujours au rendez-vous.
En parallèle, j’ai obtenu mon baccalauréat et me suis inscrit à la faculté de Lettres Modernes, mais très vite, j’ai réalisé que ce n’était pas ma voie. Les études, oui, mais seulement si elles servent mon art. J’ai donc laissé tomber pour me consacrer entièrement à mon rêve.
L’envie d’ailleurs
Si je devais partir un jour, ce serait pour poursuivre mes études artistiques. Le Canada m’attire par sa liberté, l’Amérique me fascine, mais la Chine… La Chine a quelque chose d’unique qui me parle profondément. Entre ces deux choix, mon cœur balance. Ce qui est certain, c’est que l’art continuera d’être ma respiration, mon langage, mon mode de vie.
Je continue de créer, de rêver et d’espérer qu’un jour, l’art sous toutes ses formes – pas seulement la musique et la danse, mais aussi le dessin et la peinture – sera reconnu et encouragé aux Comores. En attendant, je trace ma route, un stylo Bic bleu à la main et des étoiles plein la tête.